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Fanny Adoue
Avocate en droit du numérique
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Le libellé des produits et services fixe une fois pour toutes le périmètre de votre marque. Classe 9 ou classe 42 pour un SaaS, libellé trop étroit ou trop large : les arbitrages à trancher avant le dépôt, jamais après.

Au moment du dépôt, l'attention des fondateurs se concentre sur le nom. Le formulaire de l'INPI demande pourtant un second élément tout aussi déterminant : la liste des produits et services pour lesquels la marque est revendiquée. Ce libellé fixe une fois pour toutes le périmètre du monopole. Une marque ne protège jamais un nom dans l'absolu, elle le protège pour les activités désignées au dépôt. C'est le principe de spécialité, et c'est sur lui que se gagnent ou se perdent la plupart des dossiers.

L'essentiel en 30 secondes

La classification de Nice répartit tous les produits et services en 45 classes. Chaque classe revendiquée coûte peu, 190 euros pour la première puis 40 euros par classe supplémentaire à l'INPI, mais le libellé ne peut jamais être étendu après le dépôt. Un éditeur SaaS qui se limite à la classe 9 laisse son cœur d'activité, le logiciel fourni en ligne, sans protection en classe 42. Trop étroit, le libellé laisse des trous ; trop large, il expose à la déchéance pour défaut d'exploitation au bout de cinq ans.

Le principe de spécialité : votre marque ne vaut que pour ce que vous avez désigné

Deux entreprises peuvent exploiter le même nom dans des secteurs éloignés sans se gêner. Mont Blanc désigne à la fois des stylos et des crèmes dessert, chacun dans sa sphère. La contrefaçon ne s'apprécie que pour des produits ou services identiques ou similaires à ceux du libellé. Concrètement, si votre marque désigne des services de développement logiciel et qu'un tiers l'utilise pour des vêtements, votre titre ne vous donne aucune prise, sauf hypothèse particulière de la marque renommée.

Le libellé n'est donc pas une formalité administrative : il dessine la carte de votre territoire. Tout ce qui n'y figure pas reste ouvert aux tiers.

Lire la classification de Nice avec des yeux de startup tech

La classification de Nice compte 34 classes de produits et 11 classes de services. Pour une entreprise du numérique, cinq classes concentrent l'essentiel des enjeux. La classe 9 couvre les logiciels en tant que produits, applications mobiles téléchargeables comprises. La classe 42 couvre le développement de logiciels et surtout le logiciel-service, c'est-à-dire la mise à disposition en ligne d'applications non téléchargeables. La classe 38 vise les télécommunications et certains services de plateforme. La classe 35 regroupe la publicité, la gestion commerciale et le regroupement de produits pour le compte de tiers, pertinente pour les places de marché. La classe 41 couvre la formation, utile dès que l'offre inclut des contenus pédagogiques.

L'erreur la plus fréquente découle d'une lecture intuitive : un éditeur de logiciel dépose en classe 9 parce qu'il vend « un logiciel ». Or un produit SaaS n'est pas téléchargé par le client, il est fourni en ligne. L'activité relève de la classe 42. Un dépôt limité à la classe 9 protège un produit que l'entreprise ne commercialise pas, et laisse sans protection celui qu'elle commercialise vraiment.

Trop étroit, trop large : les deux façons de rater son libellé

Le libellé trop étroit se paie plus tard, car la règle est sans appel : après le dépôt, le libellé peut être restreint mais jamais étendu. L'entreprise qui pivote ou élargit son offre doit procéder à un nouveau dépôt, avec une nouvelle date, donc un rang de priorité postérieur à tous les droits nés entre-temps. Anticiper les développements raisonnables des trois à cinq prochaines années fait partie de la rédaction.

Le libellé trop large crée le risque inverse. Une marque doit faire l'objet d'un usage sérieux pour chacun des produits et services désignés. Passé cinq ans, tout tiers peut demander la déchéance de la marque pour les activités non exploitées, et ce grignotage survient typiquement en riposte à une action en contrefaçon ou en opposition. Revendiquer dix classes par précaution construit une protection en trompe-l'œil. La jurisprudence européenne ajoute qu'un dépôt volontairement démesuré, sans intention d'usage, peut caractériser la mauvaise foi du déposant.

Reste la précision des termes. Les intitulés généraux d'une classe ne couvrent pas automatiquement tout son contenu : depuis la jurisprudence européenne IP Translator, les offices exigent des libellés clairs et précis. « Logiciels » sec passera l'examen, mais un libellé qui précise la fonction, par exemple « logiciels de gestion de la relation client », facilite la démonstration de l'usage sérieux et la comparaison avec les signes adverses.

La méthode : partir de l'offre réelle, pas du formulaire

La rédaction commence par un inventaire : ce que l'entreprise vend aujourd'hui, ce qu'elle vendra demain, ce que ses clients perçoivent. Chaque élément se rattache ensuite à une classe en s'appuyant sur les termes admis par les offices, que l'INPI et l'EUIPO publient dans leurs bases harmonisées. Utiliser ces termes validés réduit fortement le risque d'objection à l'examen.

L'arbitrage final croise trois paramètres : le périmètre d'exploitation réel et projeté, le budget, marginal à l'INPI avec 40 euros par classe supplémentaire, et la capacité à prouver l'usage dans cinq ans. Ce travail se mène en même temps que le choix d'un nom distinctif et avant le dépôt à l'INPI, car la recherche d'antériorité elle-même dépend des classes visées.

Un libellé bien calibré est un argument de due diligence : l'investisseur qui audite votre propriété intellectuelle vérifie que la marque couvre l'activité génératrice de revenus. Découvrir en levée de fonds que le produit phare n'est pas protégé dans la bonne classe coûte plus cher que toutes les redevances de dépôt.

Vous préparez un dépôt et vous voulez un libellé qui couvre votre activité réelle sans fragiliser votre titre ? Une rédaction professionnelle du libellé sécurise l'examen, l'usage et les contentieux futurs. Prendre rendez-vous pour une consultation

Sources

Classification de Nice, OMPI

INPI, Les étapes clés du dépôt de marque

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