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Fanny Adoue
Avocate en droit du numérique
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Les clauses de cession classiques tournent à vide quand le livrable est généré par IA sans apport humain : on ne cède pas des droits qui n'existent pas. Transparence, méthode de création et garanties adaptées doivent entrer dans vos contrats.

Vos contrats avec vos agences, vos freelances et vos éditeurs SaaS comportent tous une clause de cession de droits de propriété intellectuelle. Ces clauses ont été rédigées pour un monde où le prestataire créait lui-même les livrables. Lorsque le livrable est généré par IA, elles tournent parfois à vide : on ne cède pas des droits qui n'existent pas. Le rapport présenté au CSPLA en juillet 2026 éclaire ce point aveugle contractuel, que les startups découvrent souvent au pire moment, en due diligence ou en contentieux.

L'essentiel en 30 secondes. Un contenu généré sans intervention humaine significative relève du domaine public : la clause de cession qui le vise ne transfère rien, et la stipulation d'une cession ne prouve pas l'originalité de l'objet cédé. Vos contrats doivent donc évoluer sur trois plans : la transparence sur le recours à l'IA, la méthode de création garantissant un apport humain protégeable, et les garanties couvrant tant l'absence de droits que le risque de contrefaçon par le contenu généré.

La clause de cession ne crée pas le droit

Le réflexe contractuel classique consiste à prévoir une cession large des droits sur les livrables. Ce réflexe reste nécessaire, mais il ne suffit plus. Le rapport CSPLA le rappelle : l'originalité ne se déduit pas d'éléments qui lui sont extérieurs, et la seule stipulation d'une cession de droits d'auteur ne permet pas d'inférer que l'objet cédé est original.

Autrement dit, si votre agence a généré vos visuels en quelques prompts sans direction créative réelle, la cession signée ne vous confère aucune exclusivité : le contenu appartient au domaine public, et vos concurrents peuvent le reprendre. Vous avez payé un livrable, pas un actif.

Les clauses à introduire côté client

Trois séries de stipulations méritent d'entrer dans vos modèles. D'abord, une obligation de transparence : le prestataire déclare s'il recourt à l'IA générative, pour quels livrables et dans quelle mesure. Ensuite, une obligation de méthode : pour les livrables stratégiques, le contrat impose une direction créative humaine documentée (conception, itérations dirigées, retouches substantielles) et la remise du dossier de création correspondant, journal des prompts inclus. Cette documentation conditionne votre capacité à prouver vos droits en cas de contestation.

Enfin, des garanties adaptées : au-delà de la garantie d'éviction classique, le prestataire garantit que les livrables ne reproduisent pas d'éléments protégés de tiers. Le risque est réel : un contenu généré peut restituer des éléments expressifs d'œuvres présentes dans les données d'entraînement, et la bonne foi de l'utilisateur n'exonère pas en matière civile. La clause organise la charge de ce risque et son indemnisation.

Les CGU de vos outils SaaS : lire avant de générer

Côté outils, les conditions d'utilisation des services d'IA générative méritent une lecture attentive. La plupart attribuent contractuellement à l'utilisateur les droits sur les outputs, mais cette attribution n'a de portée que si des droits existent, ce qui ramène à la question de l'apport humain. Certaines licences restreignent par ailleurs les usages commerciaux, imposent des mentions ou réservent au fournisseur des droits d'utilisation des contenus générés, y compris pour l'entraînement de ses modèles.

Pour une entreprise, l'audit des CGU des outils déployés en interne relève de la même hygiène contractuelle que l'audit des contrats fournisseurs : il conditionne la solidité de la chaîne de droits que vous présenterez à un investisseur ou à un grand compte.

Côté prestataire : anticiper plutôt que subir

Les agences, studios et freelances ont un intérêt symétrique à clarifier ces questions. Annoncer sa méthode, contractualiser la part d'IA et livrer un dossier de création deviennent des arguments commerciaux : le client achète un actif défendable, pas un contenu jetable. À l'inverse, dissimuler le recours à l'IA expose à des demandes de nullité pour erreur sur les qualités essentielles de la prestation, voire à la caractérisation d'un dol si la dissimulation est délibérée.

La conformité contractuelle sur les contenus IA suit ainsi la logique que connaissent bien les acteurs du RGPD : ce qui semble une contrainte devient un différenciateur. Les grands comptes intègrent déjà ces exigences dans leurs appels d'offres, et les fonds d'investissement dans leurs audits. Mettre vos contrats à niveau maintenant, c'est signer plus vite demain.

Vous souhaitez mettre à jour vos contrats de prestation, vos CGV ou vos modèles de cession pour intégrer l'IA générative ? Le cabinet accompagne startups et prestataires dans cette mise à niveau. Prendre rendez-vous pour une consultation

Sources

Rapport de mission relatif au statut des productions de l'intelligence artificielle, CSPLA, juillet 2026

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