Opposition ou nullité : quelle action contre une marque concurrente ?
Opposition et nullité visent toutes deux une marque concurrente, mais à des moments différents et avec des effets distincts. Avant l'enregistrement, on s'oppose ; après, on demande la nullité. Voici comment choisir la bonne voie.
Deux marques entrent en conflit, mais le moment où vous réagissez change radicalement la voie à emprunter. Avant l'enregistrement, l'opposition permet de bloquer une demande gênante. Après l'enregistrement, c'est l'action en nullité qui s'impose pour faire disparaître le titre. Ces deux procédures se déroulent désormais largement devant l'INPI, mais elles obéissent à des conditions, des délais et des effets distincts. Confondre les deux conduit à choisir le mauvais terrain et à perdre du temps.
L'essentiel en 30 secondes
L'opposition intervient dans les deux mois suivant la publication d'une demande, avant l'enregistrement. La nullité vise une marque déjà enregistrée et n'est enfermée dans aucun délai pour les motifs absolus. L'opposition se fonde sur un nombre limité de droits antérieurs, tandis que la nullité couvre un spectre plus large, dont les motifs absolus et la mauvaise foi. L'opposition empêche l'enregistrement ; la nullité anéantit rétroactivement un titre déjà délivré.
Une question de calendrier avant tout
La distinction première tient au moment de l'action. L'opposition s'inscrit dans une fenêtre étroite : deux mois à compter de la publication de la demande au BOPI, conformément à l'article L. 712-4 du code de la propriété intellectuelle. Elle vise une marque en cours d'examen, pas encore enregistrée. Son objet est d'empêcher la naissance du droit.
La nullité agit en aval. Elle suppose une marque déjà enregistrée, dont elle demande l'annulation. Lorsqu'une demande litigieuse a échappé à votre vigilance pendant la période d'opposition, la nullité offre une seconde voie. Le calendrier détermine donc mécaniquement l'action ouverte : avant l'enregistrement, l'opposition ; après, la nullité.
Des fondements de portée différente
L'opposition repose sur une liste fermée de droits antérieurs. Le titulaire peut invoquer une marque antérieure, une marque renommée, une dénomination sociale, un nom commercial, une enseigne, un nom de domaine, une indication géographique ou le nom d'une collectivité territoriale. Ces fondements visent essentiellement la protection de signes distinctifs antérieurs.
La nullité couvre un champ plus vaste, organisé autour de deux catégories. Les motifs absolus tiennent à la validité intrinsèque de la marque : absence de caractère distinctif, signe descriptif, signe trompeur, contrariété à l'ordre public, ou encore dépôt effectué de mauvaise foi. Ils protègent un intérêt général. Les motifs relatifs tiennent à l'atteinte à un droit antérieur, qu'il s'agisse d'une marque, d'une dénomination sociale ou d'autres droits protégés. Cette dualité explique que la nullité permette de contester une marque que l'opposition n'aurait pas pu atteindre, par exemple une marque purement descriptive enregistrée par erreur.
La répartition des compétences entre l'INPI et le tribunal
Depuis la réforme issue de la loi du 22 mai 2019, l'INPI est compétent pour statuer sur les demandes en nullité formées à titre principal. Cette compétence est même exclusive pour certains fondements : tous les motifs absolus, y compris la mauvaise foi, et les motifs relatifs liés aux signes distinctifs comme la marque antérieure, la dénomination sociale ou le nom de domaine.
Le tribunal judiciaire conserve néanmoins sa compétence dans plusieurs hypothèses. Il connaît des demandes en nullité fondées sur certains droits antérieurs particuliers, tels qu'un droit d'auteur, un dessin ou modèle, ou un droit de la personnalité. Il reste également compétent lorsque la nullité est connexe à une autre action relevant de sa juridiction, par exemple une action en contrefaçon, ou lorsqu'elle est soulevée à titre reconventionnel. L'article L. 716-5 du code de la propriété intellectuelle organise cette répartition. Le choix du for dépend ainsi du fondement invoqué et du contexte contentieux.
Des effets de nature distincte
L'opposition produit un effet préventif. Si elle aboutit, elle empêche l'enregistrement de la marque contestée, en tout ou partie. Le signe n'accède jamais à la protection. Aucun droit n'a existé, l'opposition se contente de barrer la route.
La nullité produit un effet bien plus radical. La marque annulée est réputée n'avoir jamais produit d'effet. L'annulation opère rétroactivement : le titre est censé n'avoir jamais existé, ce qui fragilise les actes accomplis sur son fondement, notamment les actions en contrefaçon engagées par le titulaire déchu de son droit. Cet effet rétroactif distingue fondamentalement la nullité de l'opposition, qui agit, elle, sur un droit encore en gestation.
Le délai et la forclusion par tolérance
L'opposition se heurte à un délai bref et impératif de deux mois. La nullité obéit à une logique différente. L'action en nullité fondée sur un motif absolu n'est enfermée dans aucun délai : elle peut être engagée à tout moment, ce qui en fait un outil durable contre les titres fragiles.
La nullité fondée sur un droit antérieur connaît toutefois une limite. L'article L. 716-2-8 du code de la propriété intellectuelle prévoit une forclusion par tolérance : le titulaire d'un droit antérieur qui a toléré pendant cinq années consécutives l'usage d'une marque postérieure, en connaissance de cet usage, ne peut plus en demander la nullité, sauf si le dépôt a été effectué de mauvaise foi. La passivité a donc un coût. Surveiller son marché et réagir dans des délais raisonnables conditionne la conservation de ses droits.
Choisir la bonne action
Le réflexe pertinent dépend du stade du conflit. Devant une demande récemment publiée, l'opposition offre la voie la plus rapide et la moins coûteuse. Elle suppose une veille active des publications au BOPI et une réaction dans les deux mois. Face à une marque déjà enregistrée, la nullité prend le relais, avec un spectre de fondements plus large mais une procédure souvent plus substantielle.
Ces deux outils se complètent au sein d'une même stratégie de protection. Une entreprise qui structure son portefeuille combine la surveillance des dépôts, l'opposition systématique contre les signes menaçants, et l'action en nullité comme recours contre les titres passés entre les mailles du filet. L'enjeu n'est pas seulement défensif : un portefeuille assaini et défendu constitue un actif crédible aux yeux d'un investisseur ou d'un acquéreur.
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Sources
INPI - Directives relatives à la procédure d'opposition à enregistrement de marque, janvier 2026
INPI - Directives relatives à la procédure en nullité et en déchéance des marques, janvier 2026
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